SMZ/RMS Schweizer Musikzeitung, November 2009

Pierre-Alain Chamot

Une nouvelle étoile au ciel des quatuors.

Un jury prestigieux a honoré en septembre dernier le quatuor Asasello d'un second prix lors du premier Concours International de Musique de Chambre de Hamburg. Ce ne sont de loin pas les premiers lauriers de cet ensemble, qui a entre autres reçu le premier prix du concours Migros en 2003.

Les quatre artistes forment un ensemble européen par excellence: d'origine russe, polonaise et suisse, ils furent formés à Bâle et à surtout à Cologne, sous la tutelle du quatuor Alban Berg.

Leur premier CD publié au printemps dernier présente les opus 12 et 13 de Mendelssohn et le quatuor de sa soeur Fanny Hensel. Les deux pièces très populaires de Felix sont interprétées avec toutes les qualités qu'on attend d'un quatuor aux ambitions internationales: précision, chaleur et élan. Chacun des quatre prouve une maîtrise sans faille de son intrument, le premier violon mène la danse avec verve et caractère. L'opus 12 avec sa rhétorique débordante est un terrain de jeu à leur mesure; les répliques fusent, les dialogues étincellent. L'opus 13, moins spéctaculaire, se prête à un jeu plus intériorisé, appronfondi, une corde que le quatuor Asasello possède églement à son arc.

Les musiciens déclarent eux-mêmes s'être pris d'amitié pour l'oeuvre de Fanny Hensel, et ils la présentent effectivement dans la meilleur lumière possible. Malgré leurs efforts, l'intérêt de Fanny Hensel reste bien en deça de celui son frère; la mise en parallèle des deux compositeurs est même presque cruelle. Fanny maîtrisait toutes les techniques de composition de l'époque, et son quatuor est sans faille. Mais à côté des feux d'artifices brillants de Felix, de son charme, à la lumière de sa créativité sans borne, les idées de Fanny restent un peu pâles, et même ses audaces semblent un peu conventionnelles.

Le second CD du quatuor vient de paraître et juxtapose « La Jeune Fille et la Mort » au 3ème quatuor d'Alfred Schnittke. Ce dernier fut enregistré en public, dans une interpétation stupéfiante alliant l'intensité d'un concert exceptionnel à une perfection à peine dépassable, même en studio. Schnittke, avec son amour tragique pour la musique du passé, prend l'auditeur à la gorge et lui souffle un récit apocalyptique, une tornade ayant détruit quatre siècle de musique; on souffre avec lui et on en redemande. L'enregistrement est très direct, avec peu de réverberation; la grande qualité sonore des quatre musiciens leur permet de prendre ce risque qui pour d'autres ensembles serait fatal. Les instruments sont palpables, le grain de la matière musicale devient audible, les couleurs apparaissent rehaussées, compactes, sans aucun vernis artificiel.

Dans l'interprétation de « La Mort et la Jeune Fille » transparaît l'école du quatuor Alban Berg: aucun faux romantisme, aucune sentimentalité, mais une sévérité qui paradoxalement ouvre la porte à une expressivité irrésistible et à une émotion torrentielle.

Une brillante carrière commence.

zurück